Module 2 : Le cas de la manifestation interdite lors de la COP21

Après avoir fait un tour d’horizons des différentes formes de réappropriations citoyennes des nouvelles technologies, nous souhaitons à travers ce second module ajouter la pratique à la théorie et voir ce que donne concrètement ces différentes réappropriations citoyennes.

Nous nous sommes plus particulièrement arrêtées sur l’exemple de de la manifestation interdite lors de la COP21, exemple d’actualité qui a donné lieu à la publication de nombreux contenus et où des citoyens ont cherché à devenir leur propre média afin de documenter au mieux la situation .

Petit rappel du contexte: le dimanche 29 novembre 2015, la France en plein État d’Urgence suite aux attentats du 13 novembre interdit les rassemblements et les manifestations. Malgré tout, des manifestants décident quand même de se regrouper à Paris Place de la République pour La Marche pour le climat qui devait avoir lieu dans le cadre de la COP21 . Très vite, la manifestation tourne mal et les manifestants sont violemment réprimés par les forces de l’ordre. De nombreux médias sont sur place et relaient l’information mais les citoyens via leur caméraphone et leurs applications mobiles se font aussi médias de cette manifestation. Nous avons donc collecté ce contenu numérique produit par les citoyens eux-mêmes.


  • L’exemple de Taranis News :

Nous avons pris l’exemple de la chaîne d’informations Taranis News  (https://www.youtube.com/user/taranisnews) qui couvre des manifestations à chaud à l’aide d’un go-pro fixée sur la tête .

Pour les citer : “Dans nos vidéos il n’y a jamais d’ analyse, ni de voix-off,c’est presque toujours du tourné monté. Le but c’est que les gens se fassent leur propre opinion

Avec le développement important du smartphone, l’outil vidéo est de plus en plus utilisé, et le caméraphone devint peu à peu une sorte de « caméra-stylo ».

Ci-dessous, une vidéo rassemblant des “mini-vidéos” prise sur le vif par des citoyens lors de la Marche pour le climat le dimanche 29 novembre 2015.

On retrouve chez Taranis News l’idée du “first person view” c’est à dire que l’on se filme à la 1ère personne. Cet usage a été notamment largement démocratisé avec l’utilisation de la go-pro mais on retrouve aussi la même technique dans certains jeux vidéos. Voyez plutôt dans la vidéo ci-dessous.

Cette nouvelle manière de filmer et cette action de filmer soi-même ce qui se passe autour de nous est révélateur de la volonté de devenir un soi mobilisé dans le monde. C’est à dire d’être non plus un public-consommateur mais bel et bien un public-acteur.


  •  Développer la sociabilité

Les citoyens sont motivés par l’idée de « Je vais montrer ce qui se passe autour de moi”. Montrer ce qui se passe, mais également réagir en conséquence. Ces captations revêtent un fort potentiel d’interaction sociale avec notamment l’application Périscope qui permet des commentaires en directs, “à chaud”.

Cette application permet de faire l’économie du filtre de la presse, c’est à dire que les médias au sens ancien du terme n’ont plus le monopole de l’actualité et désormais le contenu est produit en direct par les utilisateurs eux-mêmes. Ils peuvent ainsi, à l’instar de n’importe quel média, couvrir en live les actualités à chaud. 

live periscope marche climat cop21

Ci-dessus, une capture d’écran d’un live périscope filmé lors de la manifestation.


  •   Médias alternatifs VS médias traditionnels 

On peut faire un parallèle entre ces contenus numériques et les médias dits “traditionnels” qui ont traité le sujet des violences policières durant la COP21.

Ces nouveaux médias permettent ainsi un réseau de communication ouvert, transparent, plus « authentique » alors que les médias dits traditionnels apparaissent comme plus fermés, hypocrites, opaques et corrompus.

En témoigne par exemple cette vidéo de BFM TV diffusant les vidéos de sécurité des forces de l’ordre….

Finalement, l’objectif de ces nouvelles formes de journalisme est le suivant : accéder à la vérité.

On assiste à un développement de ces médias alternatifs pour contrer les médias traditionnels pour ainsi rendre au média sa vocation de simple outil au sens ou Marshall McLuhan l’entend « le média est message« .

En démontre ce témoignage de Taranis News :

On était là de 10h du matin jusqu’à la fin de la journée. Donc on a tout vu, de A à Z. J’ai trouvé le traitement médiatique déplorable. On commence à s’y habituer mais là, c’était de la grosse ficelle. Ça m’a mis en colère car en voyant le reportage de TF1 diffusé à 20h, j’étais sidéré: c’est de la propagande. Le journaliste de TF1 n’était manifestement pas là quand les faits se sont produits. Arriver à être aussi loin de la vérité des faits, c’est grave.

On retrouve l’idée de multiplier les points de vue pour accéder à “la vérité”.

Cependant, une convergence reste envisageable entre ces deux formes de médias . Il y aurait possibilité de faire converger les médias citoyens et les médias nationaux par la multiplicité des points de vue, on arriverait alors à rétablir “la vérité”. 

Pour les médias, ces contenus sont une source supplémentaire pour collecter des informations (et évidemment les croiser et vérifier au préalable) comme le font déjà le New York Times, le Guardian ou bien encore Huffington Post qui explorent les réseaux sociaux pour enrichir leur couverture éditoriale des événements du monde. Voyez plutôt dans cette vidéo du Huffington Post qui combine à la fois des séquences vidéos de grands médias et de médias citoyens.

 

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